Fascination et interrogations occidentales pour ce phénomène étrange qu’est la prostitution des lycéennes japonaises. Et on peut dire que MURAKAMI Ryu est lui aussi fasciné par ce phénomène nippon ; ce n’est pas vraiment la première fois qu’il nous en parle et sans doute pas la dernière. Ce phénomène intrigue et inquiète de plus en plus l’Occident pour la bonne et simple raison qu’il arrive tranquillement mais sûrement dans nos contrées. Cette forme de prostitution n’est pas forcément la pure et dure que nous connaissons ici, mais elle a deux facettes : une plus soft où les jeunes lycéennes se font payer pour accompagner un homme plus âgé dans un karaoké ou pour un simple dîner au restaurant ; et l’autre où les jeunes filles vont jusqu’au bout (comme le disent les jeunes héroïnes de MURAKAMI) et qui est de la prostitution à l’état pure.

Il faut savoir qu’au Japon la possession du dernier sac Hermès ou de la dernière eau de toilette Shiseido est pour les jeunes femmes quelque chose de presque vital. Les Japonais ont une étrange fascination pour la nouveauté et le prestige, et malheureusement certaines jeunes filles le paient de leur intimité. Ce phénomène n’est pas rare et réservé à une catégorie de personnes mais touche toutes les couches de la société japonaise.

MURAKAMI nous montre dans son roman la banalité écœurante de ce phénomène d’une manière très personnelle et intelligente. Il nous lance véritablement à la figure une longue liste de marques et de produits, accompagnée de leurs prix exorbitants, ce qui nous met directement dans une situation d’inconfort comme si nous avions du regarder une centaine de spots publicitaires à la volée en ne pouvant fermer les yeux. Sorte de torture pour la plupart et pourtant une réelle jouissance chez d’autres. De même, sur quelques pages, il nous fait part de quelques messages téléphoniques postés par des étudiantes afin de rencontrer un homme pour passer la soirée contre rémunération, messages complètement ridicules pour une activité qu’ elles considèrent tout aussi ridicule mais lucrative. D’emblée de jeux, MURAKAMI nous montre un phénomène à la fois dangereux, ridicule et très répandu. Les filles, elles, ont l’air de trouver ça tout à fait normal et n’hésite pas à en parler entre elles et même à les organiser ensembles.

YOSHII Hiromi, jeune fille de 16 ans, désire plus que tout une superbe bague ornée d’une topaze, et le seul moyen qu’elle trouve pour se l’acheter est de se mettre à cette activité de « rendez-vous arrangés ». Elle se doute qu’il doit y avoir certains risques mais l’envie de possession est plus forte et rien ne pourra l’arrêter. Après avoir fait un essai avec ses copines (le risque semble moins important si on est plusieurs), Hiromi tente le coup en solo, mais c’est sans surprise que ses premiers essais se termineront lamentablement et bien sûr d’une manière assez glauque connaissant l’écrivain qu’est MURAKAMI Ryu.

Ce qu’il y a d’assez étrange pour ceux qui connaissent l’auteur, c’est que ce livre est étonnamment moralisateur. Le message est très clair, MURAKAMI veut simplement mettre en garde les jeunes filles en leur disant que cette activité qui leur semble anodine et acceptée peut s’avérer très dangereuse autant pour le psychisme que pour le physique. Morale tellement basique et évidente qu’on peut se demander où se trouve l’intérêt de ce livre, d’autant que la jeune Hiromi n’est absolument pas attachante (tant elle est déconnectée du monde) et c’est tout juste si on s’inquiète de son sort. MURAKAMI a fait son enquête sur cette prostitution et a rencontré quelques unes de ces jeunes filles, alors a-t-il peut-être été ému par ce phénomène et a-t-il voulu faire quelque chose (même maladroitement) pour tenter de mettre en garde ces jeunes filles téméraires et aveugles ?

Ce livre fut publié au Japon en 1996, alors pourquoi le traduire et le publier en 2009 ? Sans doute pour des raisons purement commerciales de la part de l’éditeur Philippe Picquier (le sujet est effectivement accrocheur vu que ce genre de prostitution commence à se développer en Occident) mais certainement pas pour mettre en évidence les capacités littéraires de l’écrivain dérangeant qu’est MURAKAMI Ryu. Voilà sans doute pourquoi « Piercing » n’a jamais été traduit en français, le sujet n’étant pas assez racoleur…
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