Ruriko est une femme trompée qui ne supporte plus cette situation. Vivre au côté d’un mari qui la nargue lui est devenu insupportable. Elle décide donc de quitter Tokyo pour se rendre dans le chalet familial, une ancienne demeure isolée en pleine forêt.

Une fois installée et durant ses premières promenades qu’elle espère salvatrices, elle tombe sur un autre chalet qui semble également habité. Après quelques recherches, elle apprend qu’il est, en effet, habité par deux artisans. L’un, NITTA, est facteur de clavecins, c’est un ancien pianiste renommé qui a dû se reconvertir dans la fabrication de clavecins ne pouvant plus, pour une raison étrange, se produire en public. L’autre est la prénommée Kaoru, son assistante, qui s’occupe du ménage et qui l’aide pour la petite œuvre.

À première vue, il n’y aurait pas de relations charnelles ou amoureuses entre ces nouveaux voisins. Mais une nuit, alors qu’elle se rend chez eux, elle aperçoit par la fenêtre NITTA jouer « Les tendres plaintes » sur un clavecin aux côtés de son assistante, chose qu’il est normalement incapable de faire.

Ruriko est tout de suite attirée par l’énigmatique et silencieux NITTA, mais son récent échec affectif la rend plus que prudente, d’autant qu’elle ne connaît absolument rien de la véritable relation entre les deux artisans.

C’est à partir de ce moment que Ruriko va tenter, malgré elle, de s’installer dans la vie de ce couple énigmatique. Elle sera déchirée entre le fait qu’elle ne peut mettre de côté les sentiments qu’elle ressent envers NITTA, et sa conscience qui lui conseille de ne pas déranger une histoire d’amour qui existe probablement.

OGAWA Yôko nous a habitués à nous décrire les choses via ses rêveries, son style détaché et bien sûr son talent immense. Ce talent elle l’utilise à merveille dans des romans comme « Le Musée du silence » ou le très réussi « La formule préférée du professeur ». Mais à la différence de ces deux romans qui ont dès le début une idée originale et captivante, ici, le sujet n’est pas assez passionnant.

De plus, les deux nouveaux amis de Ruriko n’ont aucune personnalité. OGAWA, en tentant de rendre NITTA mystérieux et ténébreusement romantique, le rend tout simplement invisible et beaucoup trop secondaire. Quant à Kaoru, elle n’est qu’un prétexte à rendre la relation entre Ruriko et NITTA impossible ou, tout au moins, dangereuse. Elle n’a aucune personnalité perceptible pour le lecteur.

Ruriko reste, tout au long du roman, un personnage désespérément seul. Ce qui n’est jamais le cas dans les autres romans d’OGAWA. Dans « La formule préférée du professeur », la narratrice rencontre un mathématicien haut en couleur, dans « Le Musée du silence », l’étudiant a du fil à retordre avec cette dame âgée au caractère plus que trempé, ou encore dans « Cristallisation secrète », l’héroïne fait équipe avec son éditeur esseulé par le destin et le grand-père original représentant la culture s’évanouissant dans les airs.

Reste, cependant le style unique d’OGAWA qui arrive subtilement à nous fait entendre le bruit sourd de la neige dans les bois le soir, les notes gracieuses et tristes tirées de ces clavecins amoureusement fabriqués par les deux artisans et les pures pensées mélancoliques de cette Ruriko terriblement isolée du monde.

OGAWA est une virtuose, mais lorsque la mélodie n’est pas à la hauteur, l’œuvre reste un peu trop terne, elle vient et passe sans laisser de traces.

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