C’est sur son portable que Tarô Tsuji  apprendra la mort de sa mère.  Elle n’avait que cinquante-huit ans, mais c’est vrai qu’elle aimait beaucoup fumer et boire. Au lieu de mourir d’un cancer, elle aura fini par rendre l’âme à cause d’une crise cardiaque.

C’est sa grand-mère maternelle, « Bâchan » comme il l’appelle, qui le lui a appris. Elle a quatre-vingt-trois ans. Tarô et elle décident de vivre ensemble dans la librairie d’occasion que tenait sa mère. Étant peintre, il la transformera en atelier et en galerie d’art, mais en souvenir de sa mère, il gardera le nom “kitô”, qui signifie “prière”.

C’est à cette époque que Tarô retrouvera par hasard une amie de sa petite enfance qu’il avait rencontrée dans la librairie de sa mère alors qu’il n’avait que quatre ans. La petite fille « Hanako » avait dû quitter le Japon pour suivre sa famille dont le père était diplomate. Déjà à l’époque, les deux enfants s’entendaient merveilleusement bien. Ils étaient inexplicablement attirés l’un vers l’autre. La séparation fut très douloureuse pour les deux enfants qui, une vingtaine d’années après, se mirent ensemble le plus naturellement du monde. Vint alors la présentation de Tarô à la famille d’Hanako qui aurait préféré, pour leur fille, un garçon de bonne famille plutôt qu’un artiste peintre sourd-muet et de surcroit métis.

Reprenant les personnages rencontrés dans le somptueux « Hôzuki » paru en 2016, Aki Shimazaki nous conte ici les retrouvailles de la charmante Hanako et de son prince charmant Tarô. Certes, tout commence sous l’ombre d’une terrible nouvelle, la mort de la maman de Tarô, une célèbre et énigmatique libraire aimée de tous, mais très vite, les deux nouveaux amants se rendront compte de l’évidence absolue de leur amour et décideront, sous la bénédiction de la grand-mère de Tarô, d’aller de l’avant. Même si les parents d’Hanako ont dans l’idée de marier leur fille à un homme de condition élevée, la jeune femme décide d’organiser une rencontre entre Tarô et ses parents.

Dans ce court roman, Aki Shimazaki décide de porter à bout de bras deux sujets particulièrement délicats : L’handicap et le métissage dans la société japonaise contemporaine. Tarô est en effet sourd et muet, mais également issu de l’union d’une maman japonaise et d’un papa d’origine espagnole. Au Japon, on utilise le terme « Hāfu » pour désigner une personne métis (une moitié japonaise et l’autre d’origine étrangère). Ce mot vient donc du mot anglais « half » qui signifie « moitié » en anglais. Aki Shimazaki a décidé d’utiliser le terme « half » au lieu du terme « Hāfu », sans doute pour plus de clarté envers son lectorat plus habitué aux termes anglais que japonais. Décision étrange d’autant plus que l’auteure nous offre en fin de volume un délicieux petit glossaire. « Maï Maï » est à nouveau une vraie petite perle de l’auteure nippo-québécoise, qui se lit dans une douce rêverie et une tendre émotion. Un régal de pureté.