« 1969 » de MURAKAMI Ryû

Déjà la couverture de l’édition de poche chez Piquier : cette hippie japonaise souriant malicieusement (mais vaguement), derrière ses lunettes rondes et teintées, un cœur rouge-rose-mauve sur la poitrine, sorte de Janis Joplin aux yeux bridés et aux longs cheveux noirs tombant en cascade sur ses épaules.

             Puis le titre : 1969. Une date, une évocation forte, pas du tout insignifiante. Une date parmi les dates, de celles qui ont compté, de celles qui sont restées – même pour des lecteurs nés bien plus tard.

           Ce livre raconte une année de la vie d’un lycéen, celle du narrateur Ken, assurément le double de l’auteur. C’est donc l’année 1969 d’un jeune homme de 17 ans qui vit à Sasebo dans le Kyushu. Deux événements importants vont jalonner cette période : le montage d’une barricade dans son lycée et l’organisation d’un festival mêlant théâtre, cinéma et concerts.

             Le contexte de l’époque est clair, explicite, toujours nourri d’une foule de références culturelles et politiques que Ken nous rappelle à chaque chapitre. D’ailleurs le titre de ces derniers renvoie toujours à des personnalités internationales qui sont liées, de près ou de loin, à l’année 1969. C’est renforcé par la présence d’une base militaire américaine qu’abrite Sasebo depuis 1945. Les lycéens sont directement en relation avec l’état politique du monde. Ken ouvre ses mémoires sur cette idée et n’aura de cesse de la faire courir tout au long de son récit.

           La question politique est omniprésente, c’est l’époque où la plupart des jeunes gens s’y intéressent ou s’en occupent : « les temps sont en train de changer » comme le chantait Dylan. Les personnages parlent de lutter contre la guerre du Vietnam, contre les examens d’entrée à l’université et contre le capitalisme. Et Kensuke est de ceux-là. Sauf que ce n’est pas un militant politique solennel et austère. Il se trouve qu’il aime bien mentir, ruser, lancer des fausses pistes. C’est un garçon malin en butte avec une société rigide et un monde adulte sévère et conservateur. Il est plein de désirs mais se sent enfermé, empêtré dans la vie sociale. Il est pourtant dans l’action et parvient même à entraîner ses camarades.

             Le style est assez simple, direct, sans digression, composé d’un grand nombre de dialogues et d’explications distanciées. On rit souvent. Kensuke sait se moquer de l’adolescent qu’il était, de ses concitoyens comme des situations qu’il a traversées. Rien n’est jamais lourd, ni vraiment grave car les protagonistes finissent toujours par se sortir de leurs difficultés.

            Mais difficultés il y a malgré tout, puisque derrière les aventures énergiques de jeunesse dont le narrateur se souvient des années plus tard, se dissimulaient des aspects plus difficiles à vivre. Les conséquences de la barricade lycéenne montée en secret pendant la nuit sont assez parlantes de ce point de vue : dès qu’elle est découverte au matin, les responsables sont immédiatement sanctionnés par la police et par le conseil de discipline de l’établissement. Les descriptions des milieux interlopes via l’arrivée du yakusa y participent également, tout comme le personnage de cette ancienne camarade de classe qui finit par se prostituer auprès des GI’s américains. Un passage dit d’ailleurs tout ce que la légèreté d’un regard rétrospectif amusé ne suffit pas à recouvrir : « Je ne me supporte plus moi-même. C’était la réplique qu’un jeune de dix-sept ans n’a pas le droit d’exprimer à voix haute, à moins que ce ne soit une méthode d’approche pour séduire une fille. C’était un sentiment que nous éprouvions tous, surtout dans une ville de province, sans argent, sans sexe, sans amour, sans rien. La perspective toute proche de la sélection et de la domestication ne faisait que renforcer cette répulsion naturelle. Mais il y a des choses qu’il ne faut pas dire, car elles jettent une ombre sur toute votre vie ».

            Tout est là. La solitude, le désarroi, la peur de l’avenir et la crainte de perdre son enfance et cette lumière que l’on a tous en soi. Ryû préfère ne pas s’étendre là-dessus. Il l’a exprimé dans d’autres romans mais pour 1969 on sent qu’il n’a pas envie de jeter cette ombre sur les souvenirs qu’il a conservés de sa grande année.

            Mais l’ombre est là pourtant, je l’ai vue, elle nous recouvre à la fin du livre lorsque le temps du bilan est venu et que Ryû joue au jeu dangereux du « Que sont-ils devenus ?». Car chacun sait, je le sais, que l’époque des rêves, de l’amour et de la révolution est passée, que depuis lors on est loin de l’insouciance qui y régnait et des multiples possibilités qui étaient offertes aux jeunes gens. Le monde des adultes, celui qui domestique et sélectionne, les a tous rattrapés. C’est pourquoi le plus souvent possible l’auteur s’amuse et amuse son lecteur en utilisant sciemment un ton détonnant plein de mordant, d’ironie, de provocation.

           Au fond ce que veut le garçon de 17 ans qu’est Ken c’est embrasser des filles. La politique et l’art ne sont que le prétexte et la méthode pour y parvenir. Tout ce qu’il entreprend est fait pour aboutir à ce résultat. Il choisit pour cible la fille la plus mignonne du lycée et tente de la séduire. Il pense y parvenir en engageant une action révolutionnaire et c’est pour cette raison qu’il devient le leader des militants de la barricade. Il cherche aussi à se rapprocher d’elle en l’engageant pour jouer dans sa pièce et dans son film. De la même façon qu’il use des références dans le vent (Marx, Rimbaud, Godard), il se sert des moyens et des attitudes de son époque, davantage pour la frime que par réelle conviction. Et ce n’est en réalité pas du tout choquant car il faut bien admettre que l’art ou l’engagement politique sont effectivement souvent des moyens d’emballer les filles.

            Seulement, Ken est toujours en décalage avec son obsession du sexe lorsqu’il se retrouve en présence de Kasuko Matsui (la plus mignonne du lycée donc). Il apparaît incapable de lui exprimer ses sentiments et son désir. Il n’y a même pas un seul baiser échangé entre eux, alors qu’il est clair qu’ils sont amoureux l’un de l’autre, et le savent tous deux. On est loin de Murakami Haruki qui, dans La ballade de l’impossible, autre roman se passant en 1969 (et écrit à la même époque), met en scène l’amour physique – même s’il le fait sur un ton mélancolique et au sein d’un récit douloureux.

            Je voudrais tout de même relativiser l’idée que Ken utilise l’engagement politique pour d’autres finalités que celle qui aspire à créer une meilleure société. Car son « festival érectile », sa grande fête, rejoignent ce qu’il voudrait que la vie en société devienne, à savoir une fête « qui n’aurait pas de fin » : le plaisir, la joie, le ludique en permanence, tout ce qui semble être le contraire du Japon de 1969, son monde du travail, son mode de vie domestique et son univers sérieux, hypocrite et ennuyeux. Derrière ce que le jeune homme parvient à organiser, il y a assurément un programme politique. Le festival est une réduction de ce que Ken veut connaître à grande échelle : des tas de gens différents rassemblés au-delà leurs disparités autour des arts et de la musique, à danser, à s’amuser, à manger et à s’aimer. Cette petite utopie a fonctionné ce soir-là : pourquoi ne fonctionne-t-elle pas tout le temps et pour tout le monde ?

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« Chansons populaires de l’ère Showa » de MURAKAMI Ryû

Ishihara, Nobue, Yano, Sugiyama, Katô et Sugioka sont une bande de jeunes garçons qui ont pris l’habitude de se réunir de temps en temps dans l’appartement de Nobue dans le quartier de Chôfu dans la Préfecture de Tokyo. Leurs seules occupations sont de boire, de manger et parfois de se lancer maladroitement dans un petit karaoké. Des réunions typiques d’adolescents désœuvrés qui ne se soucient ni des autres ni de leur propre avenir.

Mais un jour, sans aucun signe annonciateur, tout dérape. Après une de leurs réunions quelque peu arrosée de bières et de saké, Sugioka rencontre, sur le chemin du retour, une femme qu’il ne connaît absolument pas, mais qui éveille chez lui d’étranges pulsions à la fois sexuelles et violentes. Il décide de la suivre, et au moment où il arrive à la rejoindre, il sort son couteau Güstag et l’égorge. Personne ne sera présent pour le voir s’éloigner ricanant niaisement.

Cette femme assassinée sans raison fait partie d’un groupe de copines toutes divorcées et ayant le même prénom : Midori. Elles sont toutes proches de la quarantaine, ont eu plus ou moins le même parcours et ont décidé un beau jour de se voir sporadiquement afin d’échapper à leur lourde solitude. La victime se nommait Yanagimoto Midori et ce fut la pauvre Henmi Midori qui découvrit par hasard son corps sans vie. Très rapidement, les cinq femmes découvrent qui est le responsable de ce crime lâche et apparemment gratuit et décident de venger le plus rapidement possible leur amie. Une longue et surréaliste guérilla commence dès lors entre ce groupe de femmes dépitées et ces garçons passablement attardés, mais prêts à tout pour ne pas se laisser faire.

Le lecteur habitué aux œuvres de MURAKAMI ne sera pas surpris par les thèmes de « Chansons populaires de l’ère Showa », mais le sera sans doute plus par son style. La trame narrative chaotique habituelle de l’auteur japonais laisse ici place à un style beaucoup plus fluide et lisse assez surprenant. La narration est très proche du scénario de films ou même du manga. Présentation des personnages succincte, un élément déclencheur et la suite s’enclenche avec une rapidité étourdissante et hallucinée digne des films de réalisateurs tels MIIKE Takashi durant les années 1990 ou encore du mangaka OTSUKA Eiji.

Le livre a été écrit en 1994, période durant laquelle MURAKAMI Ryû ne cessait de clamer que le Japon en général et sa jeunesse en particulier fonçaient droit sur un mur en béton armé. Pour lui, toute la société japonaise ne cesse d’être remise en cause et est continuellement en perte de ses propres valeurs fondamentales. Dans ce roman, il nous parle d’une jeune fille expliquant à l’une des femmes du clan « Midori » que les filles de son âge n’écrivent plus le nom des garçons en kanji (caractères chinois utilisés dans l’écriture japonaise), mais en katakana (caractères utilisés, entre autres, pour les mots et noms propres étrangers), ce qui est une réelle révolution dans les convenances japonaises, convenances qui semblaient immuables et qui sont mises à mal depuis les années 1980.

On peut dire que « Chansons populaires de l’ère Showa » est un livre très japonais, que ce soit dans la forme ou le fond. Il y a beaucoup d’humour dans ce livre, mais l’humour a des frontières et tout le monde ne pourra pas comprendre cet humour typiquement japonais ; ce qui risque de rendre ce roman presque incompréhensible pour certains. Ce roman hybride est un concentré d’humour, de sexe cru, de violence gratuite, de critique envers la société japonaise et d’un chaos social et psychologique typique de l’œuvre de MURAKAMI. Mais il y a une différence flagrante par rapport à ses autres romans ; ici, le style est très vif et le fond assez peu prédominant. MURAKAMI semble s’être amusé à écrire ce roman alors que dans ses autres textes, la souffrance semble être sa seule et unique muse.

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« Kyoko » de MURAKAMI Ryu

Kyoko est une jeune Japonaise qui, un jour, eut la chance de rencontrer un militaire américain d’origine cubaine : José Fernando Cortés. Ce GI, qui s’était engagé dans l’armée pour pouvoir rester aux Etats-Unis lui apprit à l’époque tous les secrets de la danse de son pays. Elle avait à l’époque 8 ans et ne se rendait pas compte que ce José allait lui sauver la vie. La danse allait lui permettre de surmonter toutes les douleurs et mauvaises surprises que la vie lui réserverait. C’est à l’âge de 21 ans qu’elle se décide à prendre l’avion pour les Etats-Unis afin de retrouver son ancien professeur et de tout simplement le remercier.

Mais à son arrivée dans ce pays qui lui est totalement inconnu, les choses vont très rapidement se compliquer. José semble avoir complètement disparu de la circulation. C’est alors qu’elle rencontrera un chauffeur noir qui sans trop savoir pourquoi lui proposera ses services afin de l’aider dans sa recherche qui, pour une jeune et jolie Japonaise, risque de tourner à la catastrophe.

Comme le dit MURAKAMI lui-même, ce livre est exceptionnellement exempt de toute violence, sexe, sadomasochisme ou autres drogues, ce qui est effectivement très rare dans son œuvre. En fait, ces sujets sont plutôt mis de côté et n’entrent pas en compte dans la trame narrative du récit. On y parle un peu de drogues, mais il ne se sert de ce sujet que comme simple moyen d’introduire une rencontre parmi toutes celles que Kyoko fera durant ses recherches. La violence par contre y est constamment présente, mais c’est une violence tacite et sociale, et non brute et crue comme dans la plupart de ses romans. C’est cette violence terrible que les sidéens rencontrent chaque jour lors de leurs tentatives de retour à la vie sociale normale. Cette violence engendrée par la haine que les gens non atteints du virus du sida entretienne envers ces nouveaux malades « honteux ».

Outre la thématique pénible du sida, MURAKAMI nous offre la chance de nous plonger dans un brassage culturel total : cela va du chauffeur noir au Cubain mal luné et totalement asocial, en passant par le petit afro-américain délinquant qui n’a jamais vu d’Asiatique de sa vie et qui ne pense, comme la plupart des gosses américains, qu’à faire le malin en possédant une arme pour épater ses copains. Belle galerie de portraits que nous dresse ici le « punk » MURAKAMI qui s’amuse à nous peindre tous les stéréotypes que l’on peut avoir envers les différentes races qui composent la société américaine. Roman très tendre et triste dans lequel l’auteur nous décrit subtilement la relation que peut entretenir une jeune Japonaise avec son mentor qui vécut si longtemps sans savoir qu’il n’avait jamais vraiment quitté le territoire japonais en restant présent dans le cœur de son ancienne élève.

Ce roman est très agréable à lire du fait que l’histoire de Kyoko est observée et racontée par les différents protagonistes qui se relaient et qui nous offrent à chaque chapitre une vision différente du récit, ce qui lui donne parfois une dimension plutôt humoristique. « Kyoko » est également un ovni dans l’œuvre de MURAKAMI puisqu’il est assez fluide et linéaire, alors que dans la plupart de ses livres, l’écrivain se plait à déstructurer son récit et à rendre son univers particulier très chaotique.

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« Love & Pop » de MURAKAMI Ryu

Fascination et interrogations occidentales pour ce phénomène étrange qu’est la prostitution des lycéennes japonaises. Et on peut dire que MURAKAMI Ryu est lui aussi fasciné par ce phénomène nippon ; ce n’est pas vraiment la première fois qu’il nous en parle et sans doute pas la dernière. Ce phénomène intrigue et inquiète de plus en plus l’Occident pour la bonne et simple raison qu’il arrive tranquillement mais sûrement dans nos contrées. Cette forme de prostitution n’est pas forcément la pure et dure que nous connaissons ici, mais elle a deux facettes : une plus soft où les jeunes lycéennes se font payer pour accompagner un homme plus âgé dans un karaoké ou pour un simple dîner au restaurant ; et l’autre où les jeunes filles vont jusqu’au bout (comme le disent les jeunes héroïnes de MURAKAMI) et qui est de la prostitution à l’état pure.

Il faut savoir qu’au Japon la possession du dernier sac Hermès ou de la dernière eau de toilette Shiseido est pour les jeunes femmes quelque chose de presque vital. Les Japonais ont une étrange fascination pour la nouveauté et le prestige, et malheureusement certaines jeunes filles le paient de leur intimité. Ce phénomène n’est pas rare et réservé à une catégorie de personnes mais touche toutes les couches de la société japonaise.

MURAKAMI nous montre dans son roman la banalité écœurante de ce phénomène d’une manière très personnelle et intelligente. Il nous lance véritablement à la figure une longue liste de marques et de produits, accompagnée de leurs prix exorbitants, ce qui nous met directement dans une situation d’inconfort comme si nous avions du regarder une centaine de spots publicitaires à la volée en ne pouvant fermer les yeux. Sorte de torture pour la plupart et pourtant une réelle jouissance chez d’autres. De même, sur quelques pages, il nous fait part de quelques messages téléphoniques postés par des étudiantes afin de rencontrer un homme pour passer la soirée contre rémunération, messages complètement ridicules pour une activité qu’ elles considèrent tout aussi ridicule mais lucrative. D’emblée de jeux, MURAKAMI nous montre un phénomène à la fois dangereux, ridicule et très répandu. Les filles, elles, ont l’air de trouver ça tout à fait normal et n’hésite pas à en parler entre elles et même à les organiser ensembles.

YOSHII Hiromi, jeune fille de 16 ans, désire plus que tout une superbe bague ornée d’une topaze, et le seul moyen qu’elle trouve pour se l’acheter est de se mettre à cette activité de « rendez-vous arrangés ». Elle se doute qu’il doit y avoir certains risques mais l’envie de possession est plus forte et rien ne pourra l’arrêter. Après avoir fait un essai avec ses copines (le risque semble moins important si on est plusieurs), Hiromi tente le coup en solo, mais c’est sans surprise que ses premiers essais se termineront lamentablement et bien sûr d’une manière assez glauque connaissant l’écrivain qu’est MURAKAMI Ryu.

Ce qu’il y a d’assez étrange pour ceux qui connaissent l’auteur, c’est que ce livre est étonnamment moralisateur. Le message est très clair, MURAKAMI veut simplement mettre en garde les jeunes filles en leur disant que cette activité qui leur semble anodine et acceptée peut s’avérer très dangereuse autant pour le psychisme que pour le physique. Morale tellement basique et évidente qu’on peut se demander où se trouve l’intérêt de ce livre, d’autant que la jeune Hiromi n’est absolument pas attachante (tant elle est déconnectée du monde) et c’est tout juste si on s’inquiète de son sort. MURAKAMI a fait son enquête sur cette prostitution et a rencontré quelques unes de ces jeunes filles, alors a-t-il peut-être été ému par ce phénomène et a-t-il voulu faire quelque chose (même maladroitement) pour tenter de mettre en garde ces jeunes filles téméraires et aveugles ?

Ce livre fut publié au Japon en 1996, alors pourquoi le traduire et le publier en 2009 ? Sans doute pour des raisons purement commerciales de la part de l’éditeur Philippe Picquier (le sujet est effectivement accrocheur vu que ce genre de prostitution commence à se développer en Occident) mais certainement pas pour mettre en évidence les capacités littéraires de l’écrivain dérangeant qu’est MURAKAMI Ryu. Voilà sans doute pourquoi « Piercing » n’a jamais été traduit en français, le sujet n’étant pas assez racoleur…


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« Piercing » de MURAKAMI Ryu

Kawashima Masayuki est un designer vivant à Tokyo avec sa tendre moitié Yoko et sa superbe petite fille de quelques mois. Ils vivent tous les trois une vie paisible et heureuse. Mais la nuit lorsque Yoko dort tranquillement, Kawashima lui ne dort pas et se rend auprès du lit de sa petite fille avec l’insupportable manie de lui frôler le visage avec un pic à glace.

Cependant la raison l’emporte à chaque fois et rien d’horrible ne se passe ; mais une envie folle de faire le mal ne laisse pas Kawashima tranquille. Il faut à tout prix qu’il commette une chose horrible et c’est ce qu’il va préparer pendant de longues journées, tout ça pour laisser sa gentille petite famille libre et heureuse. Il sait très exactement d’où vient ce tourment, la haine de sa mère et ses violences régulières sur sa personne sont à l’origine de ses tendances sadiques qu’il compte bien exploiter le plus rapidement possible.

Après quelques rencontres, ça y est, Kawashima a enfin trouvé la personne qu’il compte bien massacrer : une prostituée faisant partie d’un club S.M. lui semble la personne la plus appropriée pour se « soulager » de cette tension aussi morbide qu’insupportable. Oui mais voilà, sans doute une erreur de jugement de plus ou une triste malchance, la prostituée va chambouler terriblement ses projets. A partir de ce moment, MURAKAMI va nous raconter cruellement et exactement ce qui va se passer dans la tête des ces deux personnes qui ne se connaissaient absolument pas et qui vont devoir s’apprivoiser tant bien que mal.

On retrouve ici deux des thèmes principaux dans l’œuvre de MURAKAMI, la relation entre humains et surtout ce quelque chose d’inconnu qui vous ronge l’intérieur du corps et de l’âme, ce ver hideux qui transforme entièrement l’être humain en un monstre abjecte pour les autres mais surtout pour soi-même. La plume du « décadent » japonais est ici moins rouge sanglant que dans la plupart des ses autres livres, mais aurait plutôt la couleur verte de l’immonde et de la bête qui vous ronge de l’intérieur sans que rien (ni humain, ni technologie avancée) ne puisse faire quoi que ce soit pour vous sauver.

Malheureusement, ce livre n’est pas encore traduit en français mais est disponible en anglais chez « Bloomsbury ».